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Le mysticisme quantique est un oxymore audacieux!

 

On tombe fréquemment dans internet sur des groupes de discussion intitulés Le mysticisme quantique. Pour moi, il s’agit d’un oxymore primitif !

Pour le petit Robert, le mysticisme est l’ensemble des croyances et des pratiques se donnant pour objet une union intime de l’homme et du principe de l’être (divinité). Depuis des millénaires, l’homo sapiens confronté à une nature qui dépassait ses connaissances scientifiques, a attribué à une ou plusieurs divinités les manifestations grandioses ou simples de la nature. Il honorait ces divinités comme il croyait leur plaire. Mais il est probable que quelques sorciers observateurs avaient déjà une certaine connaissance de quelques lois naturelles, ce qui leur permettait comme à Tintin de menacer les adeptes de Rascar Capac de la disparition du Soleil.

Même de grands philosophes comme St Thomas d’Aquin sont tombés dans ce piège. Les septante premières pages de la Somme Théologique ont pour objet la preuve de l’existence de Dieu. On peut les résumer comme la présentation de tout ce qu’il ne peut comprendre dans la nature et dans l’homme, si Dieu n’existe pas : c’est le Dieu bouche-trou. Qui aura encore la foi le jour où l’existence de Dieu sera prouvée ? Quelques savants font la bêtise inverse. Stephen Hawking publie, en septembre 2010, son livre The Grand Design. ll y déclare qu’il n’a plus besoin de Dieu pour comprendre l’univers. Il a soulevé une volée de critiques, notamment dans le Scientific American d’octobre. Non parce qu’il est athée affiché depuis toujours, mais parce que cette déclaration dans un livre qui se veut scientifique, n’a rien à voir avec la science.

Voyons cela dans l’ordre. La philosophie est, selon le Petit Robert, l’ensemble des études, des recherches visant à saisir les causes premières, la réalité absolue, ainsi que les fondements des valeurs humaines, et en envisageant les problèmes à leur plus haut degré de généralité. Les sciences exactes sont donc partie de la philosophie. Jusqu’il y a une centaine d’années on ne parlait d’ailleurs pas de savants, mais de philosophes, pour des savants comme Newton.

En sciences exactes, la philosophie est considérée comme la recherche de lois générales à partir de l’observation de phénomènes particuliers. Ce que les sciences exactes appellent loi naturelle est donc une affirmation confortée par des observations naturelles. Le chef de file des positivistes scientifiques, Ernst Mach, disait qu’aucune affirmation n’est possible en sciences naturelles, si elle n’est pas vérifiable expérimentalement. Beaucoup de lois naturelles sont incompréhensibles et cependant tout à fait efficaces pour prédire ce qui se passe lors des observations. La loi de la gravitation universelle de Newton prévoit la transmission instantanée de la gravitation dans tout l’univers. Newton lui-même s’était rendu compte que c’était en contradiction avec la troisième de ses lois du mouvement : l’action et la réaction sont égales et opposées. Comme sa loi de la gravitation universelle donnait des résultats d’une exactitude stupéfiante (dixit Einstein 250 ans plus tard), il laissait à la considération du lecteur des Principia la solution de ce problème !

Autres exemples classiques. En considérant les expériences de Michelson et Morley, Einstein constate que la lumière a la même vitesse pour tout observateur en mouvement inertiel (voir mon livre Notre escapade dans l’espace-temps, chap 8, Nos observations). La loi de l’addition des vitesses, n’est pas applicable à la lumière. Il en déduit la relativité restreinte: la loi d’addition des vitesses n’est pas valide, mais cela ne se voit qu’à des vitesses relativistes. C’est incompréhensible, il le reconnaît et il nous dit: n’essayez pas de comprendre, c’est comme ça que fonctionne la nature. En constatant que la masse inerte et la masse pesante sont égales a un facteur constant près, il y voit une coïncidence extraordinaire (voir La gravité ça creuse, Appendice mathématique, 5. Masse et poids). Pareille corrélation nécessite que ces deux masses soient identiques. Il en déduit la Relativité Générale. Sans essayer d’expliquer cette identité.

Dans les trois cas ci-dessus, la loi naturelle décrit le comment des choses. Et le physicien qui les énonce, admet que le pourquoi lui échappe. La conclusion s’impose : les sciences exactes décrivent le comment. Le pourquoi relève d’un autre domaine. Pour les croyants d’il y a des milliers d’années et d’aujourd‘hui, le pourquoi est révélé, un créateur tout puissant a voulu l’univers tel qu’il est.

Appliquons cette constatation à la mécanique quantique du paradoxe EPR. Vous trouverez une description abordable du paradoxe EPR dans Dieu joue-t-il aux dés ? Le paradoxe EPR décrit dans la Physical Review du 15 mai 1935 page 777, est une expérience de pensée d’Einstein qui, en fonction de la mécanique quantique, suppose que deux particules interagissent instantanément, bien qu’étant a des années-lumière l’une de l’autre. Crime de lèse-majesté relativiste : rien ne peut aller plus vite que la lumière. La mécanique quantique est donc fausse ou incomplète ! Les moyens de l’époque ne permettaient pas de réaliser les expériences EPR. Dans Dieu joue-t-il aux dés ?, je décris en détail comment elles ont été réalisées des dizaines de milliers de fois à la fin du siècle passé. Et comment elles donnent raison à Bohr contre Einstein.

Des expériences récentes semblent même montrer que les notions de passé, de présent et de futur sont discutables au niveau quantique. Ce n’est pas la mécanique quantique qui est incomplète, mais la relativité, puisque la nature est capable d’envoyer instantanément des signaux à des distances astronomiques. C’est incompréhensible en fonction de notre expérience quotidienne. Mais c’est une loi naturelle, déduite d’expériences naturelles, réalisées sur du matériel scientifique décrit en détail et qui, en tout point de la terre, donne le même résultat. Le comment est clair, le pourquoi pas encore, et ne le sera peut-être jamais, pas plus que la constance de la vitesse de la lumière ou l’identité des masses pesantes et inertes.

Vous comprenez pourquoi je traite d’oxymore la conjonction de mysticisme et de mécanique quantique ? La science et la religion sont comme deux droites parallèles. Elles n’ont aucun point de contact, sinon à l’infini. Mais l’infini n’est, par définition même (qui est plus grand que toute quantité de même nature), pas accessible à la science. Au lieu de parler de mysticisme pourquoi ne pas utiliser le terme qu’utilisent tous les savants, le paradoxe ?

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