Archives pour la catégorie Kondratiev

Réponse à Marc Tihon.

Mon Cher Marc,

Merci pour tes questions que beaucoup se sont certainement posées à la lecture de mon article précédent.

L’inflation est comme la langue d’Esope. Elle peut être considérée comme vertueuse quand elle est modérée, 1 à 2 %, et désastreuse quand elle est négative ou élevée.
Voyons le premier cas, elle est négative, cela s’appelle la déflation. Ce que tu achètes aujourd’hui, tu sais que tu le payera moins cher si tu l’achètes demain. Que fais-tu ? Tu attends demain ! Et demain, tu attends après-demain. L’économie de marché se bloque, les entreprises freinent leurs investissements et même leur production: c’est la crise. Théoriquement nous en sommes bien près en Europe et tout le monde fait semblant d’en paniquer. Comme je l’expliqe à la fin de mon article précédent, tous les européens savent bien que le coût de la vie ne cesse d’augmenter ! Depuis plus de vingt ans, l’insouciance, l’inconséquence et l’incompétence de nos dirigeants politiques, et des administrations de contrôle dont ils sont responsables, ont laissé librement se développer les stratagèmes mortels de quelques oligarchies financières qui ont développé à leur profit un seigneuriage d’un autre temps. Le seigneuriage des pouvoirs publics n’a d’ailleurs rien à leur envier: Monsieur Magnette vient de découvrir à Charleroi une administration de 43 personnes (combien de directeurs, on ne l’a pas divulgué !) dont personne ne peut dire à quoi ses membres ont jamais été occupés ! Et dont le coût ne cesse d’augmenter par nature même.

En exemple de très haute inflation, je vais te raconter brièvement la grande inflation allemande de 1920. Elle est la cause directe de l’arrivée d’Hitler au pouvoir dictatorial.
L’Allemagne se trouve avec une dette énorme vis-à-vis des alliés du fait des énormes dommages de guerre auxquels elle a été condamnée par ces derniers, de façon tout à fait déraisonnable. Politique revancharde, Clémenceau affirme « le Boche doit payer » !
Mais l’Allemagne est incapable de payer. Elle ne peut même pas assurer à ses habitants ce que nous appellerions maintenant le minimum vital. En cause une gestion désastreuse et l’énorme dette dont elle doit assurer le service.
Le gouvernement allemand ne trouve de solution que dans le système « Philippe Le Bel ». Ce Roi de France ne doit sa renommée qu’au fait qu’il fut le premier à avoir appliqué à grande échelle l’émission de « monnaie de singe » ce que l’on décrit aussi comme « faire tourner la planche à billets ».
L’émission de billets, sans augmentation de la production de marchandises, provoque un pouvoir d’achat supplémentaire au seul profit du seigneur, et un déséquilibre monétaire qui ne peut se résorber que par une augmentation des prix: c’est l’inflation, qui est donc une conséquence directe de ce « seigneuriage ». C’est un abus, comme celui de la défloration privilégiée des pucelles, mais, contrairement à celui-ci, il appauvrit l’ensemble des manants, c-à-d plus de 99% de la population.
L’application effrénée du « système Le Bel » par la République de Weimar entre 1913 et 1923 a divisé le pouvoir d’achat du mark par le diviseur effroyable de 750 milliards ! Fais sur Google une recherche sur « inflation allemande – 1920 », et tu verras la description d’une société gangrénée par des révoltes sanglantes, des attentats effroyables et plongée dans un désespoir sans issue.
Hitler, promettant d’y mettre bon ordre (et il l’a fait, mais à quel prix !), est apparu comme un messie à la toute grande majorité des allemands. Sa dictature paraissait la seule solution. Et qui peut dire qu’elle ne l’était pas ?
Aujourd’hui, les stratagèmes des oligarchies financières occidentales à qui les pouvoirs publics ont laissé la bride sur le cou provoquent, toutes proportions gardée quand même, le mécontentement général de la population et sa défiance bien justifiée. Mais est-il encore possible d’y remédier ?
Cela m’amène à ta seconde question.
Le tsunami est une vague énorme créée en haute mer par l’effondrement d’une montagne marine ou sous-marine, par le glissement brusque et de grande ampleur d’une plaque tectonique sous une autre ou par une éruption volcanique sous-marine. Quand la vague a désolé d’énormes territoires, elle se retire. Le tsunami de quatre trillons de $ est du même acabit. Il s’agit d’un accident monétaire provoqué par les oligarques financiers avec la bienveillance nonchalante des pouvoirs publics. Et comme le tsunami en retraite, il va découvrir des terres désolées. La monnaie de singe ne représente rien. Elle n’a rien coûté à personne et elle ne vaut rien. Il est hors de question que ces quatre trillion de $ refluent vers un autre pan de l’économie: ils ne sont rien. Je pense que cette monnaie de singe disparaîtra comme l’eau d’un tsunami, dans la reprise inévitable du cycle de Kondratiev sur Wall Street. Mais cela va faire des pleurs et de grincements dents ! Comme la suite d’un tsunami.
Pourquoi l’inflation modérée est-elle vertueuse ? L’inflation par nature même est un état instable. Si elle s’approche trop de 0, elle risque la déflation. A éviter prudemment ! D’un autre côté, elle grignote lentement le poids des dettes et est favorable aux entrepreneurs, sans être trop sensible pour les prêteurs, si le taux à long terme des placements à taux fixe est au moinsde 5 %. De mémoire d’homme les trois % de revenu net sont admissibles pour les riches rentiers. Bien sûr il seraient heureux d’avoir plus, mais comme ils désirent surtout ne rien devoir faire . . .
Mais, me diras-tu, tu n’as pas répondu à ma question dans les cas d’inflation supérieure aux 2 % mais non désastreuse comme celle de l’Allemagne en 1920, 5 ou 6% par exemple. Je vais te faire un aveu, c’est parce que pour être complet, il me faudrait te référer à un cours d’économie détaillé. Et je sais que tu m’aurais envoyé à la gare. Je vais quand même essayer brièvement. N’hésite pas à chahuter si c’est incompréhensible ! C’est ce que j’ai toujours demandé de faire à mes petits enfants. Ils sont très mal vus de leurs professeurs.
Première remarque: en démocratie, le gouvernement, de quelque bord politique qu’il soit a pour devoir, non pas de rechercher sa tranquillité présente et future, mais d’assurer dans les meilleures conditions possible le bonheur, l’épanouissement, la tranquilité et la sécurité des populations. Tu souris ? Poujadiste !
En bref, la réponse à ta question est que quelle que soit l’importance de l’inflation au delà de 2 ou 3 %, la toute grande partie de la population est lésée et finit par s’en rendre compte. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le pacte de stabilité budgétaire interdit à toutes les nations européennes signataires une inflation supérieure de 1,5 % à l’inflation moyenne des trois meilleurs pays en terme d’inflation. Il y a à cela plusieurs motifs. L’inflation est injuste: les classes aisées s’en défendent plus efficacement au niveau de l’épargne, car elles n’hésitent pas à investir dans des produits risqués, actions au lieu de livrets à taux très réduits. Les banques augmentent les taux d’intérêt de leurs prêts, les petites entreprises vont réduire ou retarder leurs emprunts pour investissement par peur des intérêts à payer. Or l’investissement est la condition de survie des PME. La monnaie dont les taux croissent est plus recherchée par les investisseurs et sa valeur va donc augmenter sur les marché financiers, rendant plus difficiles les exportations. Et ces quelques exemples ne sont pas limitatifs. Crois-moi ou achète un cours d’économie politique.
Pas mauvaise ton idée de planter des légumes et d’élever des poules, mais ne compare pas trop ostensiblement ta situation à celle de ceux qui n’ont qu’une terrasse ou un balcon. Cela pourrait leur donner l’idée, dans le cas des révoltes populaires à venir, d’occuper « équitablement » ton terrain spacieux. Et au lieu d’y planter des légumes et d’y mettre des poules, ils n’hésiteront pas à y mettre des cochons en quantité.

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Le Kondratiev a-t-il disparu ?

Récemment, je suis tombé sur internet sur un groupe de discussion qui se posait cette question.  J’ai repensé à trois documents anciens. Le premier est un article que j’ai écrit en 1979 pour la revue Intermédiaire. J’y présentais le graphique repris dans le troisième document et son interprétation. Comme l’essentiel est repris dans le troisième article, je ne le détaille pas ici.

Le second document est une interview que j’ai donnée à Martine VANDEN DRIESSCHE journaliste au Soir, le 26 août 1982, pour annoncer la fin très proche de la grande crise dans laquelle l’économie mondiale avait sombré. Le troisième document est un article publié dans l’Echo de la bourse le 7 avril 1986 où j’explique à partir du graphique mis à jour la situation économique des  30 dernières années. Je publie aujourd’hui le graphique mis à jour et l’interprétation que j’en donne.  Curieux de voir ce que vous en penserez. . .

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soir3Le troisième est un article que j’ai publié dans L’ECHO, le 7 avril 1986. Il montre que le nouveau Kondratiev que j’annonçais pour très bientôt en 1982, venait juste de commencer en 1982.

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Nous arrivons ainsi à la question qui est à l’origine de cet article: le Kondratiev a-t-il disparu ? Voici comment il se présente aujourd’hui:

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Sapristi! C’est vrai qu’il ne ressemble plus à rien ! Nous pouvons quand même imaginer que nous sommes au sommet du cycle ou même déjà que nous sommes engagés dans la partie descendante.

Souvenons nous que la descente à partir de 1966 n’était pas évidente dans les chiffres brut et que nous ne l’avons constatée qu’en indexant les chiffres bruts sur le pouvoir d’achat du $. L’inflation atteignait alors 5 à 6 % l’an et est montée dans les 10 même les 15 % au moment de la plus forte descente. Que constatons-nous aujourd’hui. L’inflation est pratiquement nulle théoriquement. Et l’on parle même de déflation.  Nous savons bien tous cependant que note pouvoir d’achat décroît régulièrement, et par période fortement.

Trois phénomènes y participent: les pouvoirs publics trafiquent l’indice du coût de la vie en retirant de l’indice des catégories qui s’enflamment. Les pouvoirs publics se gardent bien de faire figurer dans l’indice les impôts qu’ils prélèvent et qui sont de plus en plus lourds. Comme l’inflation est ainsi soi-disant contrôlée, les pouvoirs publics maintiennent ainsi artificiellement bas les taux d’emprunt et de placement.

Les E-U jouent un rôle essentiel dans cette gigantesque tricherie. Pour que leur économie ne s’effondre pas, la Federal Reserve a injecté en quatre ans 85 milliards de $ par mois dans l’économie américaine. Soit quatre trillions de $. Le PIB américain atteint un montant de l’ordre 16 trillions de $. C’est donc le quart du PIB qui a été injecté. Et où est-il allé ?

Faute de clients, les entreprises n’investissaient plus dans des moyens de production. Pendant ce temps, les particuliers, inquiets pour leur avenir ont épargné. Ces trillions se sont retrouvés à Walstreet. Pourquoi ? Parce qu’en même temps les taux d’intérêt tombaient près de 0 % à long terme. Jamais l’épargne n’a été aussi élevée. Jamais son rendement n’a été aussi faible. TINA disent les financiers: there is no alternative !

Je pense que, sans ces manoeuvres artificielles, le cycle de Kondratiev que je mesure par la bourse, aurait déjà entamé sa descente à long terme. Cela peut encore durer quelques temps, car les USA sont les  « coiners of the world », mais je crains que le retour de manivelle soit pire que tout ce qu’on a appelé « crise » depuis cinq ans. La »crise des subprimes », la « crise de l’immobilier », les « crises des dettes souveraines » et les crisettes politiques internationnales ne sont sans doute que  de fades exemples de la crise que va provoquer l’inévitable reflux de ce tsunami de quatre trillions de $ investi actuellement, faute de mieux, à Walstreet.